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Suisse

 

22, voilà les copeaux
Ecrit par Alexandre Truffer

  

Les informations de la rubrique sont fournies par
RomanDuVin.ch

Depuis une petite semaine, l’autorisation faite par le Conseil Fédéral d’autoriser l’utilisation de copeaux de bois a déclenché une tempête dans le monde du vin suisse. Sur les ondes et dans les journaux se sont succédés des pourfendeurs du malboire –souvent vignerons ou œnologues- qui parlaient d’un futur noir et sans espoir. Toutefois la réalité s’avère un peu plus complexe qu’un simple constat apocalyptique. Avant toute analyse, il faut corriger quelques idées reçues.

Les arômes laissés par les copeaux ne sont pas les mêmes que ceux obtenus par un élevage en barrique.
Faux. Toutes les dégustations à l’aveugle ont montré que les copeaux ne laissent aucune trace aromatique particulière. Au goût, il s’avère impossible de distinguer si le boisé d’un produit provient de la barrique ou des copeaux.

Le vin est un produit naturel auquel on ne rajoute aucun aditif. L’emploi d’infusion de copeaux serait donc une première.
Faux. Tous les vins ou presque contiennent des additifs nécessaires à leur stabilisation. Le plus connu est le souffre. Mais la législation suisse autorise dans certains cas, l’ajout de sucre (chaptalisation) ou d’acide tartrique (acidification).

L’utilisation des copeaux est la porte ouverte à l’aromatisation des vins.
La décision du Conseil Fédéral n’autorise pour l’instant que des copeaux non aromatisés et d’une taille supérieure à 2 cm. Toutes les pratiques d’aromatisation demeurent interdites. Leur interdiction ou leur autorisation reste du ressort des autorités politiques.

Tous les vins suisses pourront utiliser des copeaux.
La très grande majorité des vins de notre pays arborent une Appellation d’Origine Contrôlée cantonale ou communale. Pour ces vins, le dispensateur de l’AOC –canton ou commune- a la capacité de refuser l’utilisation des copeaux dans son cahier des charges. C’est la démarche française qui autorise les copeaux pour les Vins de Pays et les interdit pour les produits AOC.

L’utilisation des copeaux permettra aux «petits» vins suisses de concurrencer les crus étrangers.
Faux. La différence des coûts de production est telle que le bas de gamme helvétique reste plus cher que le moyen de gamme australien, français ou espagnol. De plus, la mode du boisé arrive à son terme.

Si le goût est le même, il n’y a pas de problème.
Faux. Le vin n’est pas qu’une simple boisson, il est un produit culturel, voire artistique, qui possède une aura particulière. Sa plus-value provient de sa rareté, des soins mis par le vigneron, de son adéquation centenaire avec une région et un sol. Le consommateur a donc le droit de savoir ce qu’il boit et pourquoi il le paie. Or, le vin reste la seule denrée alimentaire qui ne doit pas afficher les ingrédients qu’il contient. Et tout le problème réside bien dans l’étiquette. En effet, si l’usage des copeaux ou de la barrique était spécifiquement inscrit sur la bouteille, il n’y aurait ni polémique, ni préjudice.

Une fois ces éclaircissements apportés, on remarque que l’affaire qui nous occupe ressemble étrangement à celle du 0,5 ayant secoué le monde du vin suisse au début de l’année 2005. Dans les deux cas, on se trouve face à une décision politique prise de Berne contre laquelle s’élèvent soudainement des acteurs locaux de la profession. Cette similitude permet d’esquisser quelques interrogations (auxquelles je n’ai pas de réponse):

Pourquoi la profession réagit-elle après coup, si elle n’agit pas avant que la loi soit édictée?
En ce qui concerne les copeaux, la Confédération a décidé de s’aligner sur l’Europe, qui elle-même a cédé à la pression américaine. Il s’agit donc d’un accord politique dans lequel l’intérêt de la viticulture helvétique ne joue aucun rôle. Toutefois, cette modification de la législation viticole n’était une surprise pour personne. Plusieurs journaux, dont RomanDuVin.ch, s’en étaient fait l’écho durant l’été, voire même avant. Etant donné qu’aujourd’hui la majorité des vignerons semblent opposés à cette mesure, pourquoi n’avoir pas donné signe de vie avant que la loi ne soit entérinée?

Pourquoi n’existe-t-il aucun lobby du vin en Suisse?
Pour un lobbyiste, la situation politique actuelle est idéale. Une semaine après la décision de modification de la législation viticole (calquée sur celle de l’Union Européenne), a lieu une votation populaire concernant les rapports entre l’UE et la Suisse. Il aurait donc été relativement facile de faire pression sur les autorités fédérales en menaçant de faire refuser le référendum sur le milliard si la loi sur les copeaux n’était pas amendée. Maintenant, il est trop tard. On peut donc se demander pourquoi les organisations professionnelles (je ne parle pas des offices de promotion qui n’ont pas pour vocation de faire de la politique) et les confréries ayant dans leurs statuts la mission de défendre le vin n’ont pris aucune part dans ce combat?

De futures modifications similaires vont-elles avoir lieu ?
Si les professionnels ainsi que les amoureux du vin ne se mobilisent pas, il n’y a aucun doute. En effet, la politique fédérale qui consiste à modifier toutes les lois helvétiques pour les rendre eurocompatibles n’a aucune raison de s’arrêter. Or les décisions de Bruxelles, ou de Washington, concernant le vin ont jusqu’ici toujours été très discutables pour les producteurs comme pour les consommateurs.

Truffer Alexandre
©RomanDuVin.ch 2006
 
 


Page publiée le 28 Nov, 2006
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