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Le vin médecin, nouvelle tendance?
Ecrit par Alexandre Truffer

  

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RomanDuVin.ch

 



D’un point de vue médical et social, deux visions du vin s’affrontent. La première n’y voit qu’un liquide alcoolisé dont les propriétés éthyliques causent des dommages importants aux buveurs, à leur entourage ainsi qu’à la société en général. Responsable des comportements dévastateurs des consommateurs dépendants comme des accidents provoqués par les ivrognes d’un soir, le vin leur apparaît d’autant plus nocifs qu’il jouit d’un large prestige dans notre culture. Pour ces puristes, il convient donc de l’éradiquer et tous leurs efforts tendent à ce but.

Cette attitude possède de nos jours quelques adeptes zélés qui clament que le vin est une drogue comme les autres et qu’il faut faire la chasse aux oenophiles pour assurer le bonheur de la société. Ce discours n’a rien d’original. En effet, si l’existence d’organisations antialcooliques ou de prévention s’avère relativement moderne, les censeurs décidés à prouver la nocivité du vin, voire à tenter de l’interdire, n’ont pas manqué au cours des âges.

De tous ces ennemis du vin, le seul à avoir véritablement réussi à l’exclure des territoires sous sa juridiction se nomme Mahomet. Le fondateur de l’islam, bien qu’il promette à ses fidèles des fleuves de vin au Paradis, a détruit tous les vignobles du Proche-Orient à l’Asie Centrale.  Les antiques crus d’Iran, d’Egypte, de Samarkand ou de Palestine ont disparu sous sa férule. Plus de douze siècles plus tard, la culture du vin n’a toujours pas refleuri dans les pays musulmans.

Une autre tentative a eu lieu au début du siècle aux Etats-Unis d’Amérique. En 1920, le 8ème amendement de la Constitution américaine, qui interdit la vente d'alcool, entre en vigueur. Cette loi controversée donnera naissance à une contrebande très active et sera abrogée en 1933. Malgré sa durée limitée, la Prohibition a eu un effet notable sur la société nord-américaine ayant perduré une cinquantaine d’années. Aujourd’hui, la situation a beaucoup évolué et les Etats-Unis ont retrouvé leur place de premier marché viticole mondial.

Face à ces opposants, le vin a toujours eu une cohorte de défenseurs acharnés lui trouvant les qualités les plus diverses. Hippocrate, père de la médecine, considérait que «le vin est une chose merveilleusement appropriée à l'homme si, en santé comme en maladie, on l'administre avec à propos et juste mesure, suivant la constitution individuelle.» Trois siècles plus tard, Pline l’Ancien confirme les vertus médicinales du vin, de même que celles du raisin et des feuilles de vigne.

Avec la chute de l’Empire Romain d’Occident, les enseignements classiques se perdent. Le vin conserve néanmoins son rôle médical. Ainsi, sur le fronton de l’hôpital de Salerne, en Italie, est inscrit depuis mille ans: «Bois un peu de vin». La liste des médecins, penseurs, philosophes ou écrivains glorifiant les vertus du vin serait trop longue à énumérer. Rappelons toutefois qu’Ambroise Paré, père de la chirurgie, soignait les blessures de guerre avec des cataplasmes de vin rouge, qui possède des pouvoirs antiseptiques, et que Louis Pasteur a proclamé le vin «la plus hygiénique des boissons».

Au début du XXème siècle, les cercles médicaux changent leur fusil d’épaule et l’intérêt pour les pouvoirs thérapeutiques du vin baisse. Cependant, le débat est relancé depuis une vingtaine d’années avec la mise en lumière du «paradoxe français» - on nomme de la sorte le fait que les habitants de l’Hexagone, bien que gros mangeurs et grands buveurs, aient moins de problèmes cardiaques que les Anglo-Saxons.

La polémique concomitante n’a de loin pas trouvé sa conclusion. Elle a néanmoins eu pour effet de diffuser l’idée que le vin rouge contient des éléments protégeant le système cardio-vasculaire. Des études supplémentaires ont été effectuées. Leurs résultats, pas toujours concordants, ont créé une scission au sein du corps médical entre ceux estimant qu’une consommation modérée doit être encouragée pour limiter les risques cardiaques et leurs contradicteurs qui considèrent que les actions supposées bénéfiques du vin ne compensent pas la nocivité de l’alcool présent dans cette boisson.

A l’heure actuelle, certains milieux viticoles et médicaux sont en train de s’allier pour faire reconnaître le rôle médical du vin. En Suisse, l’Office des Vins Vaudois mène une politique pionnière dans ce domaine avec le lancement de la campagne Vignerons responsables et humains. A l’étranger, la situation évolue aussi. En France, un groupe nommé «Vin & Santé, biologie et pathologie vasculaire», soutenu par le ministère de l’Agriculture, coordonne des projets de recherches abordant l’impact du vin sur le métabolisme humain.

La piste cardio-vasculaire n’est pas la seule explorée. Des études sont en cours, essayant de mesurer les effets du remplacement d’anxiolytiques ou de somnifères légers par une consommation quotidienne de vin. Gageons que le sujet va générer d’animées discussions entre les détracteurs de cette drogue douce, engendrant une dépendance psychologique importante, et les défenseurs d’un produit naturel et vivant aux multiples vertus thérapeutiques et sociales.

 
 


Page publiée le 10 Aout, 2005
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