En dehors du canton, la notion de campagne genevoise peut faire sourire. Les autres confédérés ont souvent l’image d’un «canton ville» où les seuls espaces verts seraient ceux des parcs municipaux. On connaît le jet d’eau, le salon de l’automobile, l’ONU et l’aéroport. On admire le mur des réformateurs, la cathédrale ou la vieille ville. Mais l’on imagine mal des bois peuplés de blaireaux ou des champs de colza sur le territoire de la Rome protestante.
Et pourtant, le canton de Genève comprend de nombreuses zones agricoles et forestières. L’agriculture y joue un rôle qui n’a rien d’anecdotique ni de folklorique. En ce qui concerne la viticulture, le canton du bout du lac occupe non seulement la troisième place suisse en terme de surface, mais possède la densité la plus forte du pays avec 4,5% de son territoire dédié à la vigne.
Sur la rive droite du Rhône se trouve le Mandement, la principale des trois régions du canton. En son centre trône Satigny qui, avec ses presque 500 hectares de parchets ininterrompus, forme la plus grande commune viticole de Suisse. Sur l’autre rive du Rhône commence un secteur où les alluvions déposées par les glaciers d’antan marquent d’une note minérale les blancs de Confignon ou de Bernex. La troisième zone s’étend entre la rive droite de l’Arve et le lac Léman. Terre fortement agricole, les petits parchets y voisinent avec les cultures céréalières.
Comparé aux autres cantons, Genève dispose d’un relief peu accidenté permettant une mécanisation plus aisée du travail. L’utilisation de machines et la rationalisation de certains travaux a eu une influence non négligeable sur le paysage viticole. Non seulement, elles permettent l’exploitation de domaines plus spacieux qu’ailleurs, mais de surcroît à un moindre coût. Ce qui implique que les vins genevois ont tendance à être meilleur marché que leurs homologues des autres cantons romands.
Ces prix intéressants ne se font pas au détriment de la qualité. Le canton a été un pionnier en matière de législation viticole et a mis en place un système d’AOC dès 1988. Une politique de réencépagement a également vu le jour et vingt ans plus tard, les résultats sont là. Le chasselas a été largement remplacé par d’autres variétés qui commencent à revendiquer le titre de spécialité blanche. Ainsi, l’aligoté, le pinot gris ou le chardonnay ont gagné leurs lettres de noblesse. Du côté des vins rouges, le terroir genevois donne un remarquable gamay et permet de révéler toutes les qualités de ce cépage, considéré ailleurs comme vin d’assemblage uniquement. Mais il possède un compétiteur sérieux, le Gamaret. Si ce nouveau venu, créé en 1970, n’a colonisé aujourd’hui que 2% du canton, il possède un potentiel exceptionnel. En effet, seul ou accompagné de son compère le Garanoir, il offre de magnifiques saveurs fruitées et aromatiques.
Les Genevois se distinguent par une inventivité particulière. La multitude de vins proposés par les encaveurs le montre. Outre les classiques et les spécialités décrites ci-dessus, il semble que chacun d’eux cultive l’une ou l’autre variété presque totalement inconnue comme le Kerner, le Scheurebe, la Mondeuse rouge ou le seibel 7053. Et si la diversité n’est pas au rendez-vous dans la vigne, elle se trouvera assurément à la cave. S’étant initié à la technique des assemblages dix ans avant les autres cantons, les encaveurs de la République y ont acquis de l’expérience et ont passé le cap des erreurs de jeunesse.
Peut-être à cause de cette diversité, les vins genevois tardent à s’imposer hors de leur canton d’origine. A l’est de Nyon, il s’avère difficile d’en trouver un choix intéressant sur une carte de restaurant. Disposant d’une identité moins forte que les vins vaudois ou valaisans, ils peinent à aguicher les consommateurs romands. Alors que même les plus sceptiques pourraient avoir d’excellentes surprises s’ils s’y essayaient de temps à autre.
Sources bibliographiques:
Connaissance des vins suisses, OFD Communication 2000, Genève.
Guide des vins suisses, Werd Verlag 2004, Zurich.