En un peu plus d’un siècle, l’espérance de vie a quasiment doublé. D'environ 40 ans après la Guerre de Sécession, elle atteint désormais les 80 ans. Ce vieillissement implique une explosion du nombre de personnes centenaires. Ainsi, on en comptait 100 en France en 1950 alors qu’elles sont plus de 14'000 aujourd’hui. En parallèle à cette évolution, les cas de démences se sont multipliés pour devenir un problème de société. A l’âge de la retraite, un individu sur 20 est touché par cette pathologie, un pourcentage qui doit être multiplié par quatre en ce qui concerne les plus de 80 ans, âge qu’un lecteur sur deux atteindra.
Si différents types de démences cohabitent, la plus courante demeure sans conteste la maladie d’Alzheimer. Cette affection, décrite pour la première fois en 1907, se caractérise par des lésions neuro-anatomiques spécifiques qui entraînent une dégénérescence du cerveau. Insidieux, le processus débute en douceur. Les signes précurseurs consistent en des troubles de mémoire, une perte d’intérêt pour les activités sociales ainsi que des difficultés avec les nombres. Ensuite, les symptômes s’aggravent jusqu’à bouleverser la vie de la personne, comme celle de son entourage. Délires, hallucinations, perte d’orientation, agressivité, incapacité à reconnaître les proches, inaptitude à accomplir les actes de la vie quotidienne distinguent le deuxième stade de la maladie. La troisième étape amène une perte de la parole, des difficultés à avaler, un alitement permanent conduisant à une issue fatale.
Les connaissances médicales actuelles ne permettent pas d’établir les causes de cette affection et s’avèrent, par conséquent, incapables de fournir un traitement efficace. De multiples recherches ont toutefois mis en évidence un certain nombre de facteurs qui augmenteraient la potentialité de souffrir de cette pathologie. Parmi ceux-ci, on peut citer outre l’âge, la prédisposition génétique, le manque d’activités demandant un effort intellectuel, la mauvaise hygiène de vie, les problèmes cardio-vasculaires.
D’autres études se sont attelées à déterminer les facteurs concourrant à limiter les risques de développer une démence de type Alzheimer. Elles ont démontré que la consommation de poisson, un style de vie actif, la prise de certaines thérapies hormonales ainsi que le vin rouge, bu en quantité modérée, constituaient des comportements recommandables.
En 1988, les professeurs Jean-Marc Orgogozo et Jean-François Dartigues ont étudié près de 4000 personnes de plus de 65 ans. Ils constatent que le facteur le plus influent parmi les paramètres analysés (habitudes alimentaires, mode de vie, prédisposition génétique,..) est la consommation de vin rouge. Ils parviennent à la conclusion que les buveurs modérés (entre 1 et 4 verres par jour) de leur échantillon diminuent de 75 à 80% leurs chances de contracter une démence par rapport aux sujets abstinents.
Quatre ans plus tard, une équipe danoise conduite par le professeur Truelsen parvient à un résultat similaire. Elle confirme que les personnes buvant du vin au moins une fois par semaine voient la probabilité de souffrir d’une démence amoindrie de 70%. Elle montre par ailleurs que la consommation régulière de bière a un effet inverse et qu’elle double au contraire les possibilités de débuter une telle pathologie. On peut donc en conclure que l’agent protecteur ne résiderait pas dans l’alcool comme on le croyait mais bien dans le raisin.
En analysant la composition chimique d’un verre de vin, on trouve près de 500 substances. La question demeure donc: laquelle ou lesquelles protègent contre la maladie d’Alzheimer. La réponse la plus courante voulait que des anti-oxydants de la famille des flavonoïdes garderaient les connections cérébrales des affres du vieillissement de la même manière qu’ils ralentissent l’érosion des artères.
En 2003, une étude japonaise, effectuée sous la direction du professeur Sato, a découvert que le vin, qu’il soit rouge ou blanc, contenait des inhibiteurs d’une enzyme appelée PEP (Prolyl EndoPeptidase). Cet élément serait l’un des responsables de la maladie d’Alzheimer puisqu’il attaque les systèmes dirigeant la mémorisation. Selon les scientifiques nippons, ces substances protectrices, présentes également dans le raisin, se retrouvent en grande quantité dans le Merlot, le Sauvignon Blanc et le Pinot Noir. Cette nouvelle avancée médicale entrouvre des portes intéressantes qui pourraient conduire à la synthétisation de molécules permettant de lutter contre la démence sénile. Toutefois, à l’heure actuelle, l’extraction de ces composés comporte des problèmes non encore résolus. Un bon verre de vin reste de la sorte le meilleur moyen de muscler ses neurones et dynamiser ses synapses.
Sources bibliographiques:
Takaaki YANAI, Yumiko SUZUKI, and Michikatsu SATO, «Prolyl Endopeptidase Inhibitory Peptides in Wine», Bioscience, Biotechnology and Biochemistry, 2003; 67: 380-382
Truelsen T, Thudium D, Gronbaek M, for the Copenhagen City Heart Study, «Amount and type of alcohol and risk of dementia: the Copenhagen City Heart Study», Neurology, 2002; 59: 1313-1319
Orgogozo J.-M., J.-F. Dartigues, S. Lafont, L. Leteneur, D. Commenges, R. Salamon, S. Renaud et M. B. Breteler, «Wine Consumption and Dementia in the Elderly : a Prospective Community in the Bordeaux Area», Revue Neurologique, 1997; 153 (3): 185-192