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La channe valaisanne
Ecrit par Thierry Walsch et Alexandre Truffer
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Les channes font partie de la vaisselle usuelle du Valais et ceci dès avant le XVème siècle jusqu’au XVIIème. On trouve également cet ustensile en Allemagne, en Italie et en France à la même époque. Le matériau utilisé pour sa fabrication est tiré d’une roche stannifère. Très malléable et inaltérable à l’air, il se présente comme un métal gris et porte le nom d’étain. Il ne se travaille par pur mais sous la forme d’un alliage comprenant du cuivre et de l’antimoine en faible quantité. Malgré ces composants qui augmentent sa dureté, l’étain reste une matière qui se cabosse aisément.
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| Truffer/©RomanDuVin.ch 2005 |
L’étain est connu et employé depuis l’Antiquité où il portait le nom de stannum ou stagnum. Au Moyen Age, son usage se répand et les artisans potiers s’en servent pour réaliser de la vaisselle de table, des instruments médicaux et des bocaux de pharmacie. Du XVème jusqu’au XVIIème, il demeure une substance en vogue. Dans la moitié du XVIIème, il se met à décliner à cause du développement de l’industrie de la faïence
Les channes présentent des tailles et des contenances diverses. Au sommet, le poucier (levier pour le pouce) est orné en général de deux glands, de deux grenades ou deux de têtes de bélier. Dans de rares cas, il est surmonté d’une tête de loup. Actuellement on les trouve souvent sous la forme de séries de 13 pièces qui rappellent l’époque où le Valais était partagé en 13 dizains.
Autrefois, le pichet à vin constituait une pièce coûteuse du mobilier et était fabriqué par des artisans de la région, mais également de Genève et de l’Italie voisine. Cette tradition a perduré puisque la famille Della Bianca de Viège continue de travailler l’étain et s’est transmis le savoir-faire de ses ancêtres venus du Val d’Ossola en 1796.
La première trace écrite relatant l’existence d’une channe en Valais date de 1467. En effet, à cette date, l’inventaire des biens d’un homme de Bramois, exécuté pour sorcellerie, comprend entre autres objets : «une channe carrée contenant un quarteron, une autre channe contenant un demi-pot». Bien que de nombreux indices permettent de supposer l’existence de pichets en Valais avant la Renaissance, peu de vieux pichets ont été retrouvés. Une channe de Chandolin forgée en 1631 semble l’exemplaire le plus ancien répertorié dans le canton.
Dès le XVIIIème siècle, la fonction de la channe change. Elle devient trophée, distinction et récompense. Elle symbolise aussi une certaine aisance matérielle puisqu’une règle faisait loi aux notables d’en offrir une à la Bourgeoisie du village, notre commune actuelle. Le don d’un pichet à vin permettait aussi à celui qui l’offrait de prendre place à la «grande table». Cependant, cet impôt en nature ne se réglait pas toujours en temps voulu. Les compte-rendus des audiences des municipalités contiennent un certain nombre de rappels à l’ordre en ce qui concerne la remise des channes. Ainsi, en 1917, une bourgade du Valais central s’impatiente et communique que: «les magistrats et divers titulaires qui n’ont pas encore fait à la bourgeoisie l’offrande de la channe traditionnelle sont gracieusement invités à ne pas attendre des jours meilleurs.»
De nos jours, un Musée des Etains comprenant une importante collection de channes valaisannes rassemblées par Gaspard-André Caloz peut se visiter. Il se situe dans le bâtiment de l’Hôtel de Ville de Sierre et dépend de l’administration communale qui l’ouvre sur demande.
©RomanDuVin.ch 2005
Sources bibliographiques:
La channe: origine, usage et symbolique, M. René Zufferey à Mayoux, 2003
Collection d’étains Gaspard-André Caloz à Sierre.
Maturaarbeit Zinn, M. Della Bianca à Viège
Page publiée le 6 Jul, 2005
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